Un jour, l'Homme a attaché le temps à une chaîne.
Il le mit dans sa poche en le consultant de temps en temps.
De temps en temps.
Puis, il voulut le temps enchaîné à son poignet,
Croyant ainsi l'apprivoiser et le dominer.
Mais, c'est le temps qui enchaîna l'Homme.
Il oublia de lire les ombres, de reconnaître les signes.
Il désapprit ce que le soleil lui avait enseigné.
C'est ainsi qu'il fut prisonnier du temps.
L'Homme, autrefois, le prenait quand il le souhaitait,
Le temps était là à attendre.
Il était à prendre. L'Homme le regardait.
Il avait le temps et le temps était libre.
L'Homme était libre du temps et le temps était libre des hommes.
Mais le temps ainsi attaché à son poignet, enfermé dans les horloges,
Se mit à tourner en rond comme dans une cage.
On lui mit des chiffres pour ne pas le perdre.
Il ne fallait pas perdre de temps,
C'est ce que l'Homme croyait.
Il finit par courir désespérément après lui, celui, bien sûr, qu'il avait enchainé.
L'autre n'avait pas bougé,
il
était toujours là à attendre et il voyait l'Homme passer devant lui en
courant sans le Regarder, sans s'arrêter pour tenter de le voir
Puisqu'il avait les yeux fixés sur son poignet.
Il
poursuivait l'autre temps, celui qu'il avait inventé, un temps aveugle,
cruel, Remplaçable, un monstre enragé, virtuel qui finit par le tuer.
C'est ainsi que l'Homme est devenu mortel.
Avant, il s'endormait pour mourir en prenant le temps, se laissant bercer par lui.
C'était un dernier mariage.
Sachant que le temps était immortel,
Il partait avec lui sans frayeur, de l'autre côté de la vie...
Extrait du livre de Bernard Gireaudeau "Les dames de nage"
C'est terrible comme j'ai pu stresser mes enfants avec le temps "dépêche toi on va être en retard!", combien de fois j'ai pu le dire. Pour moi, c'est vraiment un facteur d'angoisse, et vous quel est votre rapport avec le temps, avez-vous su le dompter ?
Mon rapport avec le temps et le stress de la minute qui ne revient pas ? J'anticipe tout ce qui est à ma portée et peut l'être dans l'organisation d'un événement, d'une tâche prévue, du quotidien en vue, j'évite les phrases superflues et assassines (zen-coaching) qui n'apportent rien -énergie perdue, c'est connu- et si ça dérape, mon regard fige l'imprévu, de toute façon je n'y peux plus rien alors j'ai plutôt tendance à sourire de cette tranche de vie qui s'invite... J'aime qu'elle me rappelle ainsi régulièrement les saveurs du lâcher prise....
RépondreSupprimerUn proverbe africain dirait : "vous avez les montres, nous on a le temps". Se pencher aussi sur Bergson qui fait remarquer que l'homme (occidental) spatialise le temps pour le rentabiliser.